Club Privé de Dirigeants et de Réflexion
par Gwendoline Honig
J'ai 22 ans, je suis une jeune femme photographe et je rencontre Jacques Lefebvre pour lui « tirer le portrait ». Il ne s'agit pas seulement de fixer sur le papier une image d'entrepreneur, de fondateur d'un club, mais également une image qui permettra la réconciliation entre M. Lefebvre et Jacques. Il s'agit aussi d'utiliser les mots les plus vrais, pour rendre compte de l'épaisseur du personnage, et du caractère de l'homme. Reste donc à tenter de pister Jacques Lefebvre. Le voilà, bien confortablement installé aux café des Négociants, à LYON, son QG, papiers étalés, lunettes sur le nez et le regard vif.
« je ne suis qu'une contradiction » affirme-t-il, avant d'ajouter :
« Je me révolte, donc nous sommes » Albert Camus.
La première contradiction de Jacques Lefebvre, c'est de vouloir faire un portrait de lui mais de refuser de se retourner trop longtemps sur son passé. Il est un homme qui va de l'avant : pour réussir à faire un portrait en jouant la note la plus juste, il s'agit d'esquisser une fugue biographique, qui n'est pas sans rappeler son amour pour la musique :
Né le 11 Juin 1948, Jacques a grandi en suivant les multiples mutations de son père, qui était officier.
Un an avant Mai 68, il s'intéresse à l'histoire pour mettre en action ses idées pour changer la société. Il devient Trotskyste, mais il est plus révolté qu'idéologue. Ces études lui apportent le goût pour l'objectivité des faits, le refus des idéologies et du dogmatisme, et un regard incisif, interrogateur sur le monde contemporain.
Plus tard, il s'intéresse au théâtre, collabore avec le théâtre de Bourgogne, il écrit une pièce et en réalise la mise en scène : elle est à l'origine d'une vraie polémique, parce que le contenu, corrosif, crée, en réaction, la suppression de la subvention de théâtre par la Mairie de la ville de BEAUNE. Cette expérience souligne l'aspect créatif inhérent à la personnalité de Jacques Lefebvre : déjà, il a la volonté d'un entrepreneur, mais un entrepreneur qui n'a pas froid aux yeux et qui est prêt à aller à contre-courant.
Dans la vie de Jacques Lefebvre, il y a également une sorte d' « âge d'or » paradoxal de l'entreprise : il est successivement cadre supérieur, DRH, coach en out-placement. Il prend plaisir à travailler à la promotion des hommes, notamment lorsqu'il s'agit de soutenir les employés en les accompagnant dans leur parcours professionnel, en prenant des risques, en misant sur des personnes au profil atypique mais ayant du potentiel. Il découvre les grandeurs mais également les misères de l'entreprise : ce système ne lui convient plus, il rejette l'idée, que la seule variable d'ajustement, soit le personnel.
« L'excellence est la forme la plus haute de l'égalité » Condorcet
Contradictoire, paradoxal, Condorcet ? L'un des auteurs les plus impliqués dans la réforme politique proposée par les Lumières est, lui aussi, dual. Il n'y a donc rien de surprenant à voir Jacques Lefebvre se placer sous l'égide des Lumières, en prenant comme ligne de conduite cette maxime de Condorcet. L'une des grandes qualités de Jacques Lefebvre est son exigence : il contribue à ce que les membres de son club, mais également ses amis, donnent le meilleur d'eux-mêmes.
Cela signifie que le club et les intervenants sont là pour bousculer les adhérents dans leur confort intellectuel et social en leur proposant matière à réflexion. Jacques Lefebvre pousse à la respiration intellectuelle, il rend intelligent, au sens étymologique du terme : intelligere signifie comprendre. Grâce à son club, il donne à ses adhérents des yeux neufs, grands ouverts.
Être engagé, c'est « dire oui, suer et retrousser les manches, empoigner la vie à pleines mains et s'en mettre jusqu'aux coudes » Jean Anouilh
Et Jacques n'a pas peur de dire oui, ni de suer. Deux exemples en témoignent, où l'on découvre Jacques Lefebvre militant, efficace, mobilisateur :
1992 : éclatement de la Yougoslavie. On assiste peu après à des purifications ethniques en Bosnie. Scandalisé par le peu de réactions en France, il monte une association en une semaine, et organise des manifestations. Il est à l'origine d'une des plus importante manifestation en France à ce sujet qui mobilise 1000 personnes.
Un autre exemple qui témoigne de l'engagement de Jacques Lefebvre dans la société : Alors que le chômage va croissant, et que les jeunes sont les premières victimes de la précarité, il monte une association pour aider à l'insertion de jeunes diplômés Rmistes (Bac+5). Il leur rend leur estime d'eux-mêmes par des projets de groupes, du théâtre, ce qui leur donne la force de se trouver du travail, en étant des acteurs autonomes de leur recherche. En 3 ans, parmi les 400 jeunes inscrits, 300 trouvent un emploi !
Un combat dont Jacques Lefebvre refuse de parler est celui contre la maladie. Pourtant, ce combat est peut-être ce qui lui donne une pulsion de vie et d'acharnement supplémentaires. Aujourd'hui, il s'implique comme s'il n'avait rien à perdre.
Il s'engage tout entier, jusqu'au bout, et rejoint les mots de Roger Vailland : « il s'agit avant tout de descendre aux entrailles des choses ».